Cadre réglementaire et politique pour la transition énergétique des pêcheries en Europe
La transition énergétique des pêcheries européennes est de plus en plus façonnée par les politiques climatiques, énergétiques et maritimes. Dans ce contexte, Le lot de travail 1 (WP1) de SEAGLOW livre une analyse approfondie du cadre réglementaire, politique et des connaissances qui guide la décarbonisation des pêcheries, avec un accent particulier sur les petites pêcheries (PP) opérant dans les mers Baltique et du Nord. Ce travail fournit les bases analytiques pour les démonstrations ultérieures du projet et ses recommandations politiques.
Un élément central du WP1 est l'examen des cadres réglementaires influençant la transition énergétique dans la pêche. Au niveau international, l'Organisation Maritime Internationale (OMI) établit des règles contraignantes pour contrôler la pollution de l'air par l'Annexe VI de MARPOL, y compris des limites pour les oxydes de soufre et d'azote. Parallèlement, l'OMI exige des rapports sur l'efficacité énergétique et l'indicateur d'intensité carbone, tels que l'EEDI, l'EEXI et le CII, qui sont principalement conçus pour la navigation commerciale et ne s'appliquent généralement pas aux navires de pêche à l'heure actuelle.
L'étude souligne une tendance politique claire : les instruments initialement développés pour la navigation commerciale, y compris le système d'échange de quotas d'émission de l'UE, le FuelEU Maritime et les indicateurs de performance basés sur l'efficacité, s'étendent progressivement aux catégories de navires plus petites. Conformément à l'objectif de l'UE d'atteindre la neutralité climatique d'ici 2050, les exigences réglementaires liées à la transition énergétique devraient s'étendre de plus en plus aux navires de pêche au fil du temps. Au niveau de l'UE, le Pacte vert pour l'Europe et le Paquet "Ajustement pour 55" renforce cette orientation. Bien que les navires de pêche restent largement exemptés à court terme, le WP1 souligne que l'alignement sur les objectifs climatiques de l'UE augmentera probablement dans les décennies à venir.
Gouvernance des pêches et contraintes structurelles
Le WP1 examine également le rôle de la Politique Commune de la Pêche (PCP). Bien qu'elle ne soit pas explicitement un instrument climatique, la PCP influence fortement l'utilisation du carburant et les émissions par le biais de règles sur la capacité de la flotte, de l'allocation de l'effort et des mesures de gestion des pêches. Dans certains cas, ces règles peuvent involontairement contraindre le déploiement de solutions de décarbonation. Les plafonds de capacité basés sur le tonnage brut et la puissance installée, par exemple, peuvent limiter les modifications qui nécessitent un espace ou un poids supplémentaire à bord, même lorsque celles-ci contribueraient à améliorer l'efficacité ou la sécurité.
Revue scientifique et voies de solutions
Au-delà de la réglementation, le WP1 intègre une revue systématique de la littérature scientifique avec un engagement direct auprès des pêcheurs. Plus de 600 études ont été examinées, et celles directement pertinentes pour les navires de pêche et la décarbonation ont été retenues pour analyse. Plutôt que de se concentrer sur des technologies individuelles, la revue regroupe les solutions en grandes orientations reflétant la manière dont les réductions d'émissions peuvent être réalisées de manière réaliste.
D'après les preuves, les changements opérationnels basés sur la surveillance de la consommation d'énergie et de carburant sont les options les plus immédiatement déployables, offrant souvent des économies de carburant substantielles avec un investissement relativement faible. Des solutions plus transformatrices, y compris les carburants à faibles émissions et les systèmes de propulsion avancés, présentent un potentiel mais restent limitées par la disponibilité de l'infrastructure, les considérations de sécurité et les exigences d'espace à bord, particulièrement pertinentes pour les navires à petite échelle.
Perspectives des pêcheurs
Ces constatations sont complétées par des ateliers réunissant des pêcheurs de 13 pays européens. Les pêcheurs ont constamment souligné les contraintes pratiques qui façonnent les décisions d'investissement, notamment l'accès limité au capital, le vieillissement des flottilles, les préoccupations de sécurité liées aux carburants émergents et l'incertitude quant à l'application des futures réglementations climatiques aux petits navires. Parallèlement, ils ont souligné que les pêches à petite échelle fonctionnent déjà avec des empreintes carbone relativement faibles par rapport aux flottes industrielles, ce qui crée une opportunité de renforcer leur rôle dans la production durable de fruits de mer.
Opportunités et limitations de financement
Le WP1 examine les instruments de financement de l'UE pertinents pour la transition énergétique dans le secteur de la pêche, notamment le FEAMPA, Horizon Europe, les programmes Interreg et le Fonds d'innovation. Bien que ces instruments offrent un potentiel important, ils sont souvent peu adaptés aux besoins des propriétaires de navires individuels. La complexité administrative, les tailles minimales de projet et les exigences de cofinancement limitent l'accessibilité pour les petits opérateurs, rendant les approches collectives ou basées sur des projets plus accessibles que les investissements sur des navires uniques.
Vers une transition coordonnée
La synthèse de l'analyse réglementaire, des preuves scientifiques et des contributions des parties prenantes aboutit à une conclusion claire : aucune mesure unique ne permettra une décarbonation complète des pêcheries. Les progrès à court terme passeront très probablement par des améliorations opérationnelles, des mesures de gestion et des changements techniques peu coûteux, tandis que des solutions plus transformatrices nécessiteront des délais plus longs, une adaptation réglementaire et le développement des infrastructures.
Le WP1 conclut donc que la transition énergétique des pêches doit être abordée comme un processus systémique, intégrant les politiques, les technologies, le financement et le renforcement des capacités, et ancré dans les réalités opérationnelles des pêcheurs.
La petite pêche européenne occupe une position distinctive dans la transition énergétique, combinant une empreinte carbone relativement faible avec des contraintes structurelles et réglementaires. Le WP1 de SEAGLOW montre que reconnaître cette dualité est essentiel pour concevoir des politiques efficaces et équitables. Loin d'être une menace, la transition énergétique représente une opportunité de moderniser les flottes, d'améliorer l'efficacité et de renforcer la résilience des communautés côtières, à condition que l'ambition climatique soit accompagnée d'une cohérence réglementaire, de financements accessibles et de la participation active des pêcheurs.
